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L’individualisme, le libéralisme, le capitalisme, le scientisme, le mythe du progrès, la mondialisation, le colonialisme, l’extractivisme, le culte de la performance, le productivisme, etc. : autant de composantes de la modernité qui n’ont jamais cessé d’être contestées. Les annonces de la fin de la modernité sont nombreuses : révolution prolétarienne, fin de l’histoire, postmodernisme, seconde modernité, modernité tardive, Anthropocène, collapsologie, et ainsi de suite. En constatant que le système actuel n’est pas soutenable, la crise écologique pourrait constituer le coup de grâce qui nous incite à en finir avec la modernité. Et pourtant, nous ignorons encore comment la modernité s’achèvera, même si elle approfondit l’impasse où elle nous a conduits. Ainsi Walter Benjamin témoigne de la crise sans fin, temporalité propre à la modernité : « Que les choses continuent à “aller ainsi”, voilà la catastrophe ! ».  

 

Ce cours propose une double démarche, spécifiquement pensée pour des futur·es ingénieur·es :

- Panorama critique

Nous parcourrons les grandes critiques de la modernité,  non comme un catalogue historique mais comme des outils conceptuels permettant de comprendre comment les valeurs et les dispositifs modernes sont incorporés dans les techniques, les organisations, les visions historiques, les prospectives.

 

- Étude de cas concrets et actuels

Les étudiant·es choisiront, en petits groupes, un objet, une pratique, une institution ou même un geste contemporain qui incarne « l’esprit de la modernité » (par exemple, « propriété intellectuelle », « cryptomonnaie », « méritocratie », « darwinisme », « reconnaissance des minorités ethniques », « économie de plateforme », etc.). L’objectif : identifier les acteurs impliqués dans leur mise en oeuvre, leurs critiques possibles et les « interstices » qu’on peut explorer pour les déjouer.

L’évaluation portera sur le travail collectif (groupe de 3 ou 4), présenté sous la forme d’un exposé oral et d’un rapport écrit (environ 1 000 mots par personne). L’enquête sera accompagnée par l’enseignant.

 

Références

Arendt, Hannah, Condition de l’homme moderne, Pocket, 1983.

Chakrabarty, Dipesh, Provincialiser l’Europe. La pensée postcoloniale et la différence historique, Amsterdam, 2009.

Charbonnier, Pierre, Abondance et liberté. Une histoire environnementale des idées politiques, La Découverte. 2020.

Foucault, Michel, Naissance de la biopolitique, Cours au Collège de France. 1978-1979, Seuil/Gallimard, 2004.

Graeber, David et Wengrow, David, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité, Les Liens qui libèrent, 2021.

Latour, Bruno, Nous n’avons jamais été modernes, Essai d’anthropologie symétrique, La Découverte, 1997.

Marcuse, Herbert, L’homme unidimensionnel, Minuit, 1968.

Polanyi, Karl, La grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, 1983.

Stépanoff, Charles, Attachements. Enquête sur nos liens au-delà de l’humain, La Découverte, 2024.

Tsing, Anna, Le champignon de la fin du monde, Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2018.

Taylor, Charles, Le malaise de la modernité, Le Cerf, 2005.

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